Quand la parodie devient de la désinformation en ligne

Beaucoup d’internautes partagent des articles parodiques, qui ne font l’objet d’aucune vérification ou démenti, et qui inondent ensuite les réseaux sociaux.

Photo de Brett Jordan sur Pexels.com

Les fausses informations qui se propagent sur les réseaux sociaux sont souvent vérifiées et démenties. Mais ce n’est pas le cas des articles parodiques qui passent entre les mailles du filet, générant des polémiques et des revenus pour ceux qui les disséminent.

Bill Gates arrêté pour trafic d’enfants et pendu à Guantanamo, Tom Hanks exécuté par l’armée américaine, le pape François interdisant l’absolution pour les catholiques non-vaccinés contre le Covid-19… Ces articles – tous bidons – ont été publiés sur des sites s’identifiant comme satiriques. Le problème, c’est que beaucoup d’internautes partagent ces canulars qui inondent les réseaux sociaux.

La satire ou la parodie « utilisées » pour échapper à la surveillance des plateformes

Pour Claire Wardle, co-fondatrice et directrice de l’ONG First Draft qui lutte contre la désinformation, les avertissements des sites « satiriques » ou « parodiques » peuvent être utilisés sciemment pour échapper à la surveillance des plateformes. « On voit des gens malveillants ou des agents de la désinformation étiqueter leur contenu comme de la satire tout en sachant qu’il sera partagé sans cette mention. C’est devenu une stratégie pour faire de l’argent ou semer la discorde », explique-t-elle.

Les plateformes sont aussi confrontées à un dilemme, la satire ou la caricature étant considérées aux Etats-Unis et ailleurs comme un élément important du discours politique et protégé implicitement par la Constitution ou les lois sur la presse. Sa mention sur un site peut éviter à celui-ci d’être soumis à l’algorithme de Facebook – censé rendre les informations manipulées moins visibles – et, dans certains cas, échapper aux vérificateurs.

« Une tactique courante des désinformateurs pour gagner de l’argent en ligne »

Pendant la campagne présidentielle américaine de 2020, le site de vérification PolitiFact de l’Institut Poynter a trouvé plus de 100 sites Internet publiant des informations parodiques, sans avertissement explicite. C’est, selon PolitiFact, « une tactique courante des désinformateurs pour gagner de l’argent en ligne » grâce à la publicité générée par sa diffusion en masse.

En 2017, en pleine élection présidentielle en France, une fausse interview du futur vainqueur Emmanuel Macron publié un an auparavant sur le célèbre site parodique « Le Gorafi » avait créé une énorme polémique. « Quand je serre la main d’un pauvre, je me sens sale pour toute la journée », affirmait le « jeune et beau » ministre de l’Economie. Ces propos totalement inventés avaient pourtant été relayés par des internautes outrés.

Humour ou politique ? Certains sites cultivent l’ambiguité…

Comme « Le Gorafi » français, « The Onion » aux Etats-Unis et « The Beaverton » au Canada sont des sites parodiques reconnus. Mais d’autres cultivent plus l’ambiguïté, comme le « Babylon Bee », à tendance plutôt conservatrice et auteur de l’info affirmant que le chef du groupe Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, a décidé de déposer les armes, convaincu par un appel à l’amour universel de la chanteuse Katy Perry.

Selon une étude de l’Ohio State en 2019, 28 % des républicains et 14 % des démocrates admettaient croire aux « infox » du Babylon Bee. L’ex-président Donald Trump en a même retweeté une en 2020. Kelly Garrett, qui a dirigé l’étude, estime pourtant que la vérification de sites parodiques pourrait être moins efficace pour limiter la propagation de la désinformation. « Si vous dites que c’est passé par la vérification, il y a une dimension politique », dit-il. « Si vous dites que c’est bidon, c’est plus persuasif ».

H. B. avec AFP

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s